jeudi 30 juin 2016

Hyakunin isshu, poème n° 49 : 御垣守

Voici un poème d'amour attribué à 大中臣能宣朝臣 (おおなかとみのよしのぶあそん). D'après le Pr. Mostow, l'attribution est douteuse, car le poème n'apparaît pas dans l'anthologie personnelle de son auteur présumé.

御垣守
衛士のたく火の
夜は燃え
昼は消えつつ
ものをこそ思へ  

(みかきもり えじのたくひの よるはもえ ひるはきえつつ ものをこそおもえ)  

御垣守 : 御 est préfixe de respect, 垣 signifie enceinte et 守 protéger. L'ensemble se rapporte au fait de veiller sur le palais impérial ;
衛士の : 衛士 désigne des gardes chargés de surveiller et protéger les portes du palais impérial. Il s'agissait de jeunes recrues réquisitionnés chaque année dans les diverses provinces. Leurs tâches étaient variées, mais la nuit, leur mission principale était la surveillance. の a le sens de が ;
たく火の : たく signifie "faire du feu, brûler" et 火 signifie "feu". の a de nouveau le sens de が.
夜は燃え : 夜, la nuit, 燃え est la renyou-kei (forme suspensive, succession d'actions) de 燃える, s'enflammer, brûler. La structure en は...は (sur ce vers et le suivant), sert à marquer l'opposition entre le jour et la nuit ;
昼は消えつつ : 昼, le jour, 消え, renyou-kei de 消える, disparaître. Nous avons déjà rencontré la forme つつ à plusieurs reprises. Elle indique la continuation et la réitération de l'action. Chaque jour, les gardes allument la nuit un feu qu'ils laissent mourir le jour ;
ものをこそ思へ : on retrouve le fameux ものを思う, que nous avons vu à de multiples reprises dans les derniers poèmes, et qui, au-delà de la simple pensée "des choses" (もの), désigne les pensées d'amour et le tourment amoureux ; こそ est emphatique et lié à 思へ, izen-kei de 思ふ. En bungo, il y a en effet des règles de concordance entre les verbes et certaines particules qui les précèdent (kakari-musubi). Ainsi, こそ implique que le verbe qui le suit soit à la izen-kei (action déjà réalisée).

L'image paraît assez claire, mais il y a tout de même quelques interrogations autour de 消える. Pour certains, le poète cache aux yeux du monde des sentiments qu'il laisse s'enflammer la nuit. Pour d'autres, l'amant parvient à se divertir le jour d'un amour qui l'obsède la nuit. Enfin, certains y voient tout simplement les fluctuations du désir amoureux. Chacun a pu observer en lui-même que selon les circonstances et le moment de la journée, on peut vivre très différemment une même situation ou émotion. Cette dernière interprétation a ma faveur.


Le feu qu'allument
les gardes aux portes du palais
s'embrase la nuit
et meurt le jour ; ainsi va
jour après jour mon amour.

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