lundi 26 janvier 2015

Hyakunin isshu, poème n° 24 : このたびは

Voici à nouveau un poème automnal, d'un esprit tout différent du précédent. Il est de 菅家 (かんけ), de son vrai nom 菅原道真 (すがわらのみちざね, fin du 9e siècle), qui est loin d'être un personnage insignifiant. Ce lettré et homme politique, exilé à Dazaifu (Kyushu) par l'empereur, est en effet devenu après sa mort une sorte de dieu de la culture.

このたびは
幣も取りあへず
手向山
紅葉の錦
神のまにまに

(このたびは ぬさもとりあえず たむけやま もみじのにしき かみのまにまに)


このたびは : il y a ici un jeu de mots entre 旅 (voyage) et 度 (fois), qui se prononcent tous les deux たび. このたびは, c'est donc à la fois "cette fois" et "ce voyage"
幣 : il s'agit d'une offrande (shinto) de tissus de 5 couleurs (chanvre, coton, soie), coupé en fines bandelettes ou petits morceaux, afin d'obtenir la bienveillance des dieux durant un voyage (entre autres), lors du passage devant un petit autel (ou une stèle). Aujourd'hui les nusa ou gohei sont plutôt des bandes de papier blanc en zigzag.
幣も取りあへず : も a ici le sens de "même pas", 取りあへず a ici le sens de "en hâte, sans prendre le temps"
手向山 : c'est un nom de lieu, mais aussi un jeu de mot 手向ける signifiant "offrir à un dieu"
紅葉の錦 : 紅葉, ce sont les feuilles rouges des érables à l'automne, que nous avons déjà rencontrées dans le poème n°17 et dans le poème n°5. 錦, c'est le brocart ou tout autre riche tissu. Un brocart de feuilles d'érables.
神のまにまに : 神, c'est "dieu", まにまに, "à la merci de". Il s'agit donc ici de s'en remettre à la bienveillance divine avec une offrande de feuilles, en lieu et place d'une offrande traditionnelle.

Alors que le poème précédent, également consacré à l'automne, n'était que soupirs, celui-ci célèbre les beautés de cette saison et des fameuses feuilles d'érable, dont le rougeoiement fait l'objet de bulletins d'informations, comme la floraison des sakura au printemps. On voit que le culte (trop) officiel dédié à ces beautés de la nature, symboles d'impermanence, a de lointaines racines. Au-delà reste l'image agréable d'un voyageur musardant dans la montagne en reliant la nature au divin.


Parti en voyage
Sans prendre le temps d'une offrande
Au mont Takume
Par un brocart de feuilles rouges
Je m'en suis remis aux dieux.


Pour une fois, je ne suis pas trop mécontente de la vidéo que j'ai trouvée pour illustrer le poème. Si la lecture (à la fin) n'est pas idéale, l'explication illustrée donnée au début est plutôt amusante :


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